lundi 29 septembre 2008

ANAÏS NIN: extrait du JOURNAL 1934-1939






Voyage au Maroc. Bref mais marquant. Je suis tombée amoureuse de Fez.Paix. Dignité. Humilité. Je viens de quitter le balcon où je me tenais, en train d'écouter la prière du soir monter au-dessus de la cité blanche. Emotion religieuse éveillée par la vie des Arabes, sa simplicité, sa beauté fondamentale. Déambulé dans le labyrinthe de leurs rues, des rues comme un intestin, deux mètres de large, dans le gouffre de leurs yeux sombres, dans la paix. C'est d'abord par le rythme que l'on est impressionné. La lenteur. Foule dans la rue. Coude à coude. Ils vous soufflent au visage, mais avec un silence, une gravité rêveuse. Seuls les enfants crient et rient et courent. Les Arabes sont silencieux. La petite pièce carrée ouverte sur la rue où ils sont assis par terre dans la boue, entourés de leurs marchandises. Ils tissent, cousent, cuisent le pain, cisèlent des bijoux, réparent des couteaux, fabriquent des fusils pour les Berbères des montagnes. Ils teignent la laine dans de vastes chaudrons remplis de teinture où ils plongent leurs écheveaux de soie et de laine. Ils ont les mains vert émeraude, violettes, bleu orient. Ils fabriquent des poteries en terre de sienne, tissent des tapis, rasent, font des shampooings et rédigent des documents légaux scéance tenante sous vos yeux. Un Arabe est endormi sur son sac de safran. Un autre prie avec son chapelet tout en vendant ses herbes. Plus loin un grand tintamarre, c'est la rue des artisans du cuivre. (.....)
Mystère et labyrinthe. Rues complexes. Murs anonymes. Luxe secret. Secret de ces maisons sans fenêtre sur la rue. Les fenêtres et la porte donnent sur le patio. Le patio a un jet d'eau et des plantes ravissantes. Les jardins sont dessinés comme un labyrinthe. Les buissons sont disposés en sorte que l'on risque de se perdre dans leur dédale. Ils aiment avoir l'impression d'être perdus. On a interprété cela comme un désir de reproduire l'infini.

Peinture acrylique sur bois. Le montage avec son miroir est une idée et une réalisation de Marouane Ould Errim. A l'époque où nous exposions nos " boites à quatre mains", nous signions Leïla Marou. Leïla pour Laure, Marou pour Marouane. Il nous reste encore quelques très belles boites... qui me font toujours autant rêver...

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